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LE BLOG DU CAC-FORMATIONS

Formations qualifiantes et Travail protégé

19 Mars 2015 , Rédigé par CAC-FORMATIONS Publié dans #Vie Sociale, #Reconnaissance professionnelle

L'ESAT de l’Élan offre une activité professionnelle qualifiante...

Cet établissement accueille 115 travailleurs souffrant de troubles psychiques. Plusieurs ateliers leur permettent de retrouver un rythme de travail et des relations sociales. Ils exercent une activité professionnelle qualifiante, même si elle est parfois loin de leurs rêves ou de leur précédent emploi..

Dans le passage Trubert-Bellier à Paris, un camion plein de ballots de linge est stationné devant l'ESAT d el'Elan. Des hommes et des femmes les transportent dans l’atelier blanchisserie qui traite en moyenne plus d’une tonne de linge par jour. Vingt-quatre travailleurs encadrés par trois moniteurs gèrent calandres, machines à laver, séchoirs, tables à repasser et emballeuse. Les prestations sont les mêmes que dans une blanchisserie traditionnelle et l’atelier compte une centaine de clients : laboratoires, hôtels et restaurants, crèches… Nous sommes sur cet établissement de l’association de santé mentale l’Élan retrouvé qui accueille des personnes souffrant d’un handicap psychique. Certaines ont suivi un traitement psychiatrique, d’autres n’ont jamais pu accéder au monde du travail ou en ont été exclues, pour d’autres de fréquentes hospitalisations ont entraîné des difficultés d’intégration. Enfin, certains travailleurs sont des malades stabilisés qui ont perdu beaucoup d’aptitudes sociales et professionnelles avec la maladie.

Après une orientation Cotorep (vers le milieu protégé), les personnes qui désirent travailler à l'ESAT doivent proposer elles-mêmes leur candidature et s’engager à poursuivre leur traitement et leur suivi thérapeutique parallèlement à leur activité professionnelle avec un médecin psychiatre extérieur à la structure. « Nous avons créé cet structure par manque criant de places pour les personnes souffrant de troubles psychiques ou sortant de l’hôpital psychiatrique », explique François Géraud, le directeur. « Si le nombre de personnes handicapées mentales baisse – avec notamment le dépistage in utero —, celui des personnes handicapées psychiques flambe ». La psychiatrie française est devenue plus sociale et prend davantage en compte le besoin pour ces patients de travailler. Les hospitalisations sont plus courtes et les patients doivent trouver des structures qui les accueillent et leur permettent une intégration sociale et professionnelle. Le handicap psychique est spécifique : absence de demande, variabilité des manifestations, aspect évolutif de la pathologie… Contrairement aux autres handicaps mentaux, peu évolutifs, il demande des réajustements permanents. « Dans notre ESAT , un travailleur peut brutalement décompenser alors qu’il semblait aller bien », illustre Françoise Ossowski, assistante sociale. « Nous devons nous adapter aux fluctuations du comportement, les personnes accueillies n’étant pas toutes forcément stabilisées ». Si un travailleur va mal, le psychiatre de la structure se met en liaison avec le médecin ou l’équipe soignante qui le suit afin qu’il bénéficie d’une aide rapide.

Différents ateliers professionnels

À sa création, en 1993, l'ESAT de l’Élan proposait des activités de blanchisserie, conditionnement, cuisine, ménage et bureautique. Petit à petit, il a ouvert d’autres ateliers. Aujourd’hui 25 personnes travaillent à la blanchisserie, 27 à l’atelier bureautique-microédition, autant à l’atelier conditionnement, 8 personnes s’occupent de la restauration pour le personnel de l'ESAT et du ménage, 13 officient dans l’atelier couture, 7 réalisent des prestations à l’extérieur et 8 gèrent le pressing, soit un total de 115 travailleurs. Aucune sélection d’âge, de diplôme ou de pathologie (excepté pour les pathologies trop actives) n’est effectuée à l’entrée. À son admission, le travailleur est placé dans un atelier et reçoit une formation par les moniteurs. Les ateliers bureautique-microédition et conditionnement sont les plus appréciés, le premier est considéré comme valorisant, le second rassure par ses tâches répétitives. L'ESAT va bientôt créer de nouveaux services : un atelier rénovation dans le bâtiment et un restaurant de quartier proposant une restauration rapide. L’objectif étant de décloisonner les activités et d’ouvrir les services sur la cité. C’est déjà le cas grâce au pressing des Peupliers, situé dans une rue passante du XIIIe arrondissement où rien n’indique que le personnel est embauché par l'ESAT et l’atelier blanchisserie permet la rencontre avec des clients grâce à des livraisons à domicile.
Si l'ESAT doit favoriser l’insertion en milieu ordinaire, il doit aussi respecter le cheminement de chacun. Pour certains, sortir de chez soi, ne plus être considérés par les voisins « comme le fou qui reste toute la journée chez lui », est déjà un grand pas. Le travail donne à ces personnes des points de repères, elles se sentent à nouveau exister, utiles, posent leurs valises, se stabilisent, rencontrent des collègues… Elles souhaitent souvent rester plusieurs années à l'ESAT sans envisager d’essayer de rejoindre le milieu ordinaire. D’autres, après cette expérience professionnelle, désirent rester chez elles, trop fatiguées par le travail et la maladie, ayant eu aussi trop peu de lieux pour se ressourcer entre le travail et la maison. Certaines rejoignent le milieu du soin parce que leurs troubles se sont aggravés, d’autres encore restent chez elles, constatant que le travail n’a pas de sens pour elles.

Un groupe pour travailler son projet professionnel

À l’admission d’un nouveau travailleur, l'ESAT met en place un projet individuel, comportant un volet social et professionnel et réinterrogé après chaque évaluation. Grâce au projet individuel et aux évaluations une évolution pertinente peut être réalisée pour chaque travailleur. Ainsi chaque mardi matin, Françoise Ossowski anime un « groupe projet » qui comprend vingt séances, durant lesquelles le travailleur élabore son projet professionnel. « Une fois que la personne a fait le deuil du travail rêvé – ce n’est pas toujours facile – elle va élaborer un projet réaliste », explique l’assistante sociale. Le groupe va l’aider à prendre conscience du décalage entre ses rêves professionnels et ses capacités amoindries par la maladie. Des propos plus faciles à entendre quand ils sont tenus par des collègues plutôt que par des encadrants du CAT. Dans cet atelier, les participants travaillent leur CV et apprennent à se présenter. « Dans un entretien d’embauche certains diront « j’ai pété les plombs, je les pète encore quelques fois, même si ça va mieux, sourit Françoise Ossowski. Ils doivent faire tout un travail pour apprendre à présenter leur parcours sous un aspect positif qui n’effraiera pas les employeurs ». Les compétences acquises, notamment la polyvalence, sont valorisées. Ainsi une femme a pu trouver un poste dans une petite blanchisserie de quartier. Elle est plus lente que les autres, mais à des atouts : elle a travaillé dans les différents ateliers et bénéficié d’une formation d’agent de pressing.

Toujours dans un souci d’intégration, les quatre heures hebdomadaires consacrées au soutien de deuxième type doivent se faire à l’extérieur (exception faite du « groupe projet ») : activités à caractère médical, psychiatrique, thérapeutique (chant, photo, théâtre… en centre d’accueil thérapeutique à temps partiel), sportif, culturel ou de loisirs. L’embauche des travailleurs de l'ESAT de l’Élan en milieu ordinaire reste très faible. Les grandes entreprises ont externalisé la plupart des tâches que peut assumer un travailleur de CAT (porter le courrier d’un service à un autre, faire des photocopies, du petit travail de jardinage). De plus, le handicap psychique est mal connu et effraie les chefs d’entreprise.

l'ESAT réfléchit avec d’autres à la mise en place d’une plate-forme qui suivra le travailleur handicapé en entreprise En effet, en cas de crise, l’entreprise n’a aucun interlocuteur qui l’aide à la gérer. Un numéro vert sera alors mis à leur disposition pour les aider à faire face. Une piste pour faciliter l’insertion des personnes handicapées psychiques dans le monde de l’entreprise... publié sur Lien Social et posté par Jean Guy BENOUNI

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