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LE BLOG DU CAC-FORMATIONS

Christophe ouvrier en ESAT et engagé dans sa démarche de V.A.R

3 Octobre 2014 , Rédigé par CAC-FORMATIONS

Christophe BRAULT, ouvrier à l'ESAT du Pommeret, accompagné par Roger MOUAZE, bénévole à l’association AGIR...

"Je découvre qu’il y a plein de choses que je sais faire !"

Le CAT Le Pommeret a sollicité une aide de l’association Agir (Association des retraités actifs) pour accompagner les travailleurs handicapés engagés dans la démarche de VAE. En décembre dernier, une convention était signée entre les deux organisations. Rencontre avec Roger Mouazé, formateur retraité, déjà engagé dans la lutte contre l’illettrisme, qui a accepté en janvier dernier, d’accompagner Christophe Brault, demeurant à Bréal-sous-Montfort, ouvrier au CAT depuis 1988, engagé dans une démarche de VAE «ouvrier paysagiste»

En quoi consiste votre accompagnement ?
Roger Mouazé : « C’est en quelque sorte un travail d’écrivain public. J’interviens comme médiateur. Je suis là pour écouter tout ce que Christophe me dit de son travail et de ses compétences afin de l’aider à retranscrire, à mettre en forme, noir sur blanc, dans le dossier. »

: , nous nous sommes vus en mai dernier. Vous aviez alors fortement l’intention de vous engager dans la démarche de VAE. Que s’est-il passé depuis ?
Christophe Brault : « J’ai écrit ma demande en septembre. Un mois plus tard, j’ai reçu une première partie de mon dossier, « éléments biographiques », directement à mon domicile. Quand j’ai regardé, toutes les pages blanches qu’il y avait à remplir, c’est vrai que j’ai eu un peu peur… La deuxième partie du dossier, « analyse des activités de l’expérience », est arrivée en novembre. On nous demande d’écrire dans le dossier tout ce que l’on sait faire sur le terrain, dans notre métier. Comme les vacances arrivaient, je me suis dit que j’allais attendre la rentrée avant d’attaquer. »

En janvier, on vous a donc proposé de travailler tous les deux…
Roger Mouazé : « Nous avons commencé le 9 janvier et avons convenu d’un rendez-vous hebdomadaire, chaque vendredi, de 9h à 12h. Parallèlement, des rencontres ont lieu tous les quinze jours avec Emmanuel Brivot, directeur-adjoint du CPSA, centre de promotion sociale agricole de Combourg. J’ai commencé par prendre connaissance du dossier et ai essayé de suivre, à la lettre, les consignes indiquées aux différentes rubriques. Puis, nous avons cherché à décrire dans le détail, les tâches accomplies. Nous nous sommes vite rendus compte que nous faisions fausse route car il faut en fait, faire ressortir les compétences du candidat et ce, à travers ses performances, à partir de ce qu’il sait faire. Ce qui n’est pas aisé pour moi car je n’ai qu’une connaissance superficielle du métier d’ouvrier paysagiste. Je suis donc obligé de poser beaucoup de questions à Christophe pour être sûr de bien comprendre. »

N’est-ce pas ainsi plus pédagogique ?
Roger Mouazé : « Oui, mais c’est très long. Ce qui est très intéressant, c’est que tout part de Christophe. Je ne peux en rien l’influencer. Au départ, il recopiait tout ce que j’écrivais mais comme il a des difficultés avec l’écriture, nous avons convenu que j’écrirai ce qu’il me disait. Nous réalisons actuellement ce que nous avons nommé, le « brouillon propre », qui précède la mise en forme définitive.»

Pouvez-vous nous donner un exemple concret ?
Roger Mouazé : « Prenons l’engazonnement. Le texte nous demande de décrire l’activité retenue. Nous avions opté pour une forme d’expression assez neutre, avec l’utilisation de l’infinitif : « Les différentes étapes de notre travail sont : faire le tour du chantier, apporter des sacs de chaux, passer le motoculteur, repérer les bosses et les trous, faire un griffage… »

Nous avions un résultat du genre recette de cuisine et on ne voyait pas quelle était l’implication du candidat. Christophe aurait pu tout autant recopier cette liste dans un référentiel. Il s’agit bien de relater, lorsque c’est possible, en utilisant le « nous » ou le « je ». Il faut par ailleurs contextualiser, concrétiser.

« Je découvre qu’il y a plein de choses que je sais faire !»

Voilà maintenant comment nous rédigeons. Par exemple, sur le thème des plantations : « Parmi les nombreuses activités engagées par le CAT auprès de particuliers, il y a le chantier plantations que je vais vous décrire ici : c’est une équipe de cinq membres qui a participé à ce chantier : Loïc, Jean-Pierre et moi-même, du CAT ; Mickaël, un ouvrier stagiaire et Jean-Paul, le responsable, qui supervise les travaux. Le chantier s’est déroulé sur deux jours, mardi 3 mercredi 4 février à Montfort-sur-Meu. Le matin, Jean-Paul nous annonce que le chantier commence l’après-midi. L’équipe de travailleurs, dont je fais partie, prépare le matériel : bêche à arrachage, pioche… »

A ce dossier sont joints des schémas afin d’expliciter ce qui ne peut l’être par écrit. Tout au long du récit, Christophe exprime ses connaissances des plantes, du milieu, des conditions culturales. Il est mis en scène dans le contexte du chantier et décrit ses actions. A partir des activités, des productions, réalisations, ressortent ses compétences. »

Où en êtes-vous actuellement ?
Christophe Brault : « On a commencé sur l’engazonnement, les plantations ; on travaille plus maintenant sur les plantes et leurs conditions de culture. »
Roger Mouazé : « Nous travaillons surtout sur la deuxième partie du dossier. Nous en sommes à la première des quatre rubriques : activités de l’expérience professionnelle. Nous allons attaquer ensuite, les activités de l’expérience sociale à partir d’une semaine de séjour au ski à laquelle participait Christophe. Si nous faisons tout, il faudra un an, tellement le dossier est volumineux ; ou alors, il faudra faire des choix, valoriser telle ou telle rubrique. »

Quel intérêt voyez-vous à la démarche ?
Christophe Brault : « Je suis devenu plus curieux. Remplir le dossier m’oblige à me poser des questions que je ne me posais pas avant. Je découvre qu’il y a plein de choses que je sais faire ; je ne savais même pas que je savais les faire !

Maintenant, j’ai envie de regarder un plan avant de commencer les plantations ; j’ai envie de voir le devis qui a été fait au client pour savoir ce qu’il a commandé et ce que nous lui vendons. J’ai plus confiance en moi et j’aimerai travailler seul avec l’équipe, sans moniteur. J’ai eu une idée : par exemple, j’aimerai bien qu’on fasse, seuls et autonomes, chez un client, en situation réelle, un gazon, avec un plan. Je sais que nous sommes capables de le faire.»

Roger Mouazé : « La difficulté est de trouver les moyens de travailler avec l’oral, de manière à ce que celui-ci fasse preuve au même titre que l’écrit. Je me réfère ici aux travaux de Hugues Lenoir, enseignant, chercheur à Paris X, qui est l’auteur de travaux sur l’illettrisme et la VAE. J’en profite pour vous informer que ce chercheur souhaite mettre en place un groupe de réflexion qui travaillerait sur ce que l’on peut exiger des adultes en situation d’illettrisme dans la preuve de la manifestation orale. Affaire à suivre… »

Propos recueillis par Tugdual Ruellan partir du site Différent et Compétent.

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