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LE BLOG DU CAC-FORMATIONS

La VAE à la portée des travailleurs des ESAT récit d'une expérience...

16 Janvier 2017 , Rédigé par CAC-FORMATIONS Publié dans #Moniteurs d'ateliers, #Reconnaissance professionnelle, #Restauration, #Certifications & VAE

La VAE à la portée des travailleurs des ESAT... Les travailleurs handicapés accumulent une expérience, tout au long de leur parcours en ESAT. L’occasion pour eux de bénéficier d’une reconnaissance de ce savoir faire accumulé. Pourtant, malgré des effets particulièrement positifs, peu en profitent. Parmi les établissements qui la mettent en œuvre, Le Poséidon à La Seyne sur Mer.

La démarche n’est pas nouvelle. Elle est née, en 2001, en Ille et Vilaine, dans la foulée de l’émergence de la Validation des Acquis de l’expérience qui sera officialisée par la loi du 17 janvier 2002. Quatre directeurs d’Établissement et service d’aide par le travail (ESAT) s’interrogent sur l’extension aux travailleurs de leurs établissements de ce dispositif. Ils créent alors le réseau « Différent et compétent » qui, en une dizaine d’année, va regrouper sur l’ensemble de la France 350 ESAT faisant travailler 35.000 ouvriers sur 21 métiers différents. Leurs objectifs ? Ils sont multiples. Reconnaître, tout d’abord, des compétences aussi infimes soient-elles, en partant du principe que « personne ne sait rien faire ». Rendre lisibles, ensuite, les différents métiers sur les postes de travail existant, en se référant aux outils du droit commun. Mais aussi, dynamiser les équipes, en privilégiant leur coopération et leur mutualisation. La pertinence de la démarche aboutit à une officialisation règlementaire, sous la forme du décret du 20 mai 2009 « relatif à la formation, à la démarche de reconnaissance des savoir-faire et des compétences et à la validation des acquis de l'expérience des travailleurs handicapés accueillis en établissements ou services d'aide par le travail ». Ce décret ouvre droit au congé de formation, au financement par les organismes paritaires collecteurs agréés et à la préparation de la Validation des acquis de l’expérience par les ESAT. Plus de six milles reconnaissances de compétences ont ainsi pu être acquises depuis le début des années 2000. Aux antipodes de la Bretagne, un ESAT s’est lancé, lui aussi, dans l’aventure. S’inspirant de l’action pionnière du réseau « Différent et compétent », il a créé sa propre dynamique.

L’ESAT « le Poséidon » Nous sommes sur la côte varoise, aux portes de Toulon. L’association « Présence aux personnes handicapées intellectuelles » (devenue par la suite « Présence ») créée en 1979, gère alors un IME. A compter de 1988, elle connaît une forte expansion, ouvrant un nouvel établissement ou service presque tous les ans. Aujourd’hui, elle en gère quinze. L’un d’entre eux a été repris en 1998, en continuité d’une «Union de Mutuelles pour la Promotion Spécialisée d’œuvres Sociales ». C’est le Poséidon, où travaillent quatre vingt dix travailleurs encadrés par trente professionnels, dont seize moniteurs. Aux côtés du traditionnel service d’entretien d’espaces verts, est proposé un accueil hôtelier. La volonté a été claire à son inauguration : opter pour une activité à haute valeur intégrative et offrant une forte plus-value sociale. Pourtant, tout au long des années 2000, l’établissement se limite pour l’essentiel à l’hébergement de vacances pour des groupes de personnes parfois lourdement handicapées. Suite à la parution du Décret du 20 Mai 2009, la volonté associative est d’ouvrir à tous les travailleurs de ses ESAT la possibilité de s’inscrire dans une démarche de reconnaissance des savoirs faire et des compétences. Véronique ALBERTINI, alors Assistante de Service Social et responsable de la mission médico-sociale à l’ESAT Le Poseidon est en formation CAFERUIS . Elle choisit comme thème de mémoire la mise en œuvre de la reconnaissance des savoir-faire et des compétences et de la validation des acquis de l'expérience des ouvriers de l’ESAT « le Poséidon ». Elle fait le choix de commencer d’abord par proposer tant aux équipes de travailleurs handicapés, qu’à celles des encadrants, une phase d’information et de formation. UNIFAF, l’organisme paritaire collecteur agréé auquel adhère l’établissement vient justement de passer un accord cadre avec l’AFPA pour favoriser la validation des acquis de l’expérience pour les ouvriers des ESAT et accompagner le financement et l’ingénierie de la démarche.

Vers la validation des acquis avec le CAC-FORMATIONS... Ce dispositif, alors peu connu, Véronique ALBERTINI va l’utiliser pour que chacun s’approprie l’esprit et la lettre de la procédure. Ce sont quatre groupes de huit ouvriers qui participent successivement à une formation de deux jours intitulée « Travailleurs handicapés, validez vos compétences! » construite et animée par le CAC FORMATIONS à partir de supports privilégiant l'image au texte (accessibles à tous lisants et non lisants),leur permettant ainsi de comprendre en quoi consistent un parcours professionnel, le droit à la formation ainsi que les notions de compétence et de VAE. Parallèlement, les seize moniteurs vont, eux aussi, fréquenter deux par deux, leur propre stage de trois jours : « Moniteurs : valorisez les compétences des travailleurs handicapés! ». Ils y apprennent la méthodologie pour déterminer des objectifs accessibles qui ne soient pas hors de portée des personnes avec handicap et savoir comment les évaluer. Pour cela il leur faut, à partir des référentiels métiers, repérer les différentes compétences professionnelles et décliner dans chaque compétence les tâches précises exigées. Cette phase de préparation-formation va prendre dix huit mois. A la rentrée des vacances, s’ouvre alors une année (2011-2012) qui sera la première à concrétiser le processus de validation des savoir-faire des travailleurs de l’ESAT. Et c’est le service des espaces verts qui commence, en collaboration avec le centre AFPA de La Valette, faisant ainsi reconnaître leurs compétences au regard du référentiel métier « ouvrier du paysage » ainsi que des travailleurs du secteur hôtelier, en articulation avec le centre AFPA d’Istres, en se rapportant aux référentiels métiers « agent de restauration » et « serveur en restauration ». Au cours de l’année 2012/2013, la démarche continuera avec des Ouvriers des trois mêmes titres. En 2013-2014, se rajoutent deux nouvelles spécialités : « agent d’hôtellerie » et « agent d’hygiène et propreté ». Puis, en 2014/2015, ce sera au tour du titre de « portage de repas à domicile » et d’« agent de propreté du cadre urbain ».

Bilan d’étape ... Les référentiels métiers utilisés sont à chaque fois ceux qui sont identifiés par le ministère de l’emploi. Ils relèvent donc bien du droit commun. Ils correspondent à un titre professionnel nécessitant une présentation devant un jury, applicable donc à n’importe quel citoyen. Certains des travailleurs handicapés vont pouvoir prétendre à la préparation de la VAE, quand d’autres présenteront certaines compétences seulement. Mais, dans tous les cas, chacun reçoit à minima un certificat attestant de ses capacités (un titre professionnel pour ceux qui l’ont pu). Il n’est pas nécessaire d’avoir tout acquis. Sur les deux premières années, vingt et un des quatre vingt dix ouvriers ont ainsi passé avec succès ces épreuves, dont sept ont bénéficié d’une VAE, cinq d’entre eux ayant obtenu un titre complet. En 2013/2014, c’est trente deux autres qui se sont engagés dans la démarche. Les effets bénéfiques de cette dynamique se font sentir à plusieurs niveaux. Et c’est d’abord sur l’image véhiculée par les travailleurs handicapés que l’évolution a pu se faire sentir : « il y a eu un vrai changement de regard non seulement des moniteurs qui ne s’imaginaient pas l’existence d’une telle marge de progression chez les ouvriers, mais aussi des ouvriers eux-mêmes qui ne se croyaient pas capables de faire reconnaître leurs compétences » explique Véronique ALBERTINI qui constate, par ailleurs, une nette diminution de l’absentéisme et du décrochage chez les travailleurs handicapés. « La place dans l’institution n’est pas la même, dès lors que le travailleur handicapé se reconnaît et est reconnu comme expert de son propre parcours ». Mais il y a un autre effet induit à ne pas négliger, c’est la formidable impulsion que vit un établissement dont l’activité hôtelière avait du mal à démarrer et qui ne cesse aujourd’hui de déployer sa créativité.

Une formidable dynamique ... Ce sont d’abord des travaux d’aménagement qui ont été menés, rénovant les chambres d’hôtel permettant ainsi l’obtention par l’établissement de sa deuxième étoile. C’est l’inscription à une dizaine de centrales de réservation qui a permis d’accueillir de nouveaux clients. C’est la candidature envisagée pour 2014 à l’exigeant label de « maître restaurateur » qui garantit une cuisine faite maison avec pour l’essentiel des produits frais. C’est la programmation de cours d’anglais, les travailleurs de l’hôtellerie souhaitant pouvoir échanger avec les touristes anglophones. C’est l’établissement de multiples partenariats ouvrant sur le monde extérieur. Telle cette convention en train d’être passée avec le lycée hôtelier Anne Sophie Pic situé à Toulon, permettant un échange de mini-stages, les lycéens étant reçus à l’ESAT et les ouvriers de l’ESAT au lycée. Telle cette autre convention avec un hôtel Campanile pour recevoir en cuisine et restauration des stagiaires du Poséidon les mettant en situation de travail apprenante. Telle cette inscription au sein de l’ADETO (association de développement des entreprises de Toulon Ouest) qui fédère mille trois cent entreprises, constituant une nombreuse clientèle potentielle pour les repas d’affaires. Tel ce Rotary Club qui a d’ores et déjà établi son siège au Poséidon. Cette réussite enthousiasmante, Véronique ALBERTINI a bien volontiers accepté de la transmettre et de la mutualiser avec d’autres ESAT de la région. Mais, au lieu de se déplacer seule pour présenter son expérience aux moniteurs et aux travailleurs des ESAT où elle était invitée, elle s’est faite accompagner par des moniteurs et travailleurs du Poséidon venant parler à leurs pairs de ce qu’ils vivent. Modification de l’image du travailleur handicapé, dynamisation du travail de l’équipe, valorisation de la fonction du moniteur d’atelier dans son aspect formateur, réinscription dans la logique du droit commun, fin du clivage entre les missions économique et médico-sociale, démarche d’inclusion dans le monde entrepreneurial dit « ordinaire » … on n’en finit plus d’énumérer les avantages de la reconnaissance des savoir-faire et des compétences, au sein des ESAT. Dès lors, émerge une question récurrente : pourquoi cette démarche ne se généralise-t-elle pas, plus vite ?

Vers une mutualisation... Si c’est l’expérience du Poséidon qui a été mis en avant dans ce reportage, il faut rendre hommage au travail patient et résolu du réseau « Différent et compétent », déjà évoqué, qui laboure avec efficacité et détermination le secteur du travail protégé, pour étendre la pratique de la reconnaissance des savoir-faire. Pour autant 350 établissements impliqués dans ce réseau, sur les 1.500 ESAT et 600 Entreprises Adaptées existantes, cela ne représente guère plus que 16 %. Qu’est-ce qui coince ? Sortir de la routine et faire autre chose que ce qu’on a toujours fait demande une énergie et un temps, que toutes les équipes ne veulent pas forcément consacrer, surtout en regard d’un résultat qu’elles peuvent juger aléatoire. La pédagogie en la matière est essentielle pour démontrer tous les avantages que l’on peut en tirer. Certains établissements ont essuyé les plâtres. Les autres peuvent dorénavant s’avancer sur un terrain déminé. Pour impulser une telle innovation, il faut parfois une volonté farouche. Véronique ALBERTINI peut en témoigner. Et si elle récolte aujourd’hui en tant qu’Adjointe de direction, les fruits de son opiniâtreté, combien y croyait, quand elle s’est lancée ? D’autres réticences sont moins avouables. C’est la crainte de certains directeurs de devoir ensuite payer plus cher des travailleurs handicapés devenus plus qualifiés. C’est l’appréhension de certains moniteurs de voir leur autorité se fragiliser du fait de la reconnaissance de leurs ouvriers au même niveau qu’eux. C’est l’incrédulité des travailleurs handicapés doutant de la possibilité de se rapprocher du droit commun et du monde ordinaire. Au final se pose l’une des questions centrales du travail social : peut-on, mais surtout veut-on, développer le pouvoir d’agir des usagers que nous accompagnons, au risque de perdre peu ou prou de notre posture de technicien sachant mieux qu’eux ce qui est bien pour eux ?

par Jacques Trémintin publié sur LIEN SOCIAL

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