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LE BLOG DU CAC-FORMATIONS

Une formation transfrontalière de moniteur d’atelier...

21 Janvier 2015 , Rédigé par CAC-FORMATIONS Publié dans #Moniteurs d'ateliers

« Plus on s’enrichit de cultures, plus la pensée s’élargit, plus le monde s’ouvre à nous et plus l’autre nous est proche, frère humain. »

Jean-Claude Izzo

Les changements sociaux et économiques auxquels les pays de la Communauté européenne sont confrontés ont donné naissance à des programmes et à des échanges pour y faire face. Le projet de formation de moniteur d’atelier se situe dans cette problématique et dans la dynamique suivante : réfléchir ensemble, comparer nos méthodes et nos moyens d’intervention, créer et développer des actions de formation et de coopération transfrontalières.

Depuis cinq ans, l’école d’éducateurs d’Osona, en Catalogne, et l’irfces de Toulouse réalisent en partenariat une formation de moniteurs d’atelier, sanctionnée par un Certificat de qualification reconnu de part et d’autre. Cette formation a été élaborée à partir d’une étude préalable sur l’emploi type de moniteur d’atelier en Catalogne et de la formation existant en France. Cette dernière a été réalisée dans le cadre du programme européen Euroform, en collaboration avec la « Fundacio de Tallers de Catalunya » et le Département de pédagogie de l’université autonome de Barcelone. Elle a permis la définition d’un profil professionnel et l’élaboration d’un référentiel de compétences et de formation qui mettent en évidence de grandes similitudes professionnelles mais aussi quelques différences...

Le projet de formation et sa mise en œuvre ont été l’occasion d’un important travail en commun de clarification des concepts, des modèles de référence et d’un débat approfondi entre formateurs et responsables du projet. Nos représentations étaient marquées par nos références culturelles, les structures mises en place dans chaque pays et, plus globalement, par nos histoires respectives. La question notamment de l’insertion des personnes en difficulté a mis en évidence un écart significatif avec une prévalence de l’action communautaire et du rôle de la famille chez nos voisins catalans. Les différences observées dans les moyens ou les méthodes ont toujours constitué des éléments d’intérêt supplémentaires et d’élargissement de la réflexion.

Les groupes de formations...

Ils ont été constitués, pour la région Midi-Pyrénées, de professionnels œuvrant au sein d’établissements spécialisés pour adultes : centres d’aide par le travail, ateliers protégés, foyers occupationnels, centres d’hébergement et de réinsertion sociale, entreprises d’insertion.

En Catalogne, la composition des différents groupes s’est révélée plus hétérogène, tant par la diversité des niveaux de qualification, allant du cap à la maîtrise, que par la diversité des établissements ou services représentés : services d’aide, de soin et de réadaptation à la vie active pour malades mentaux, toxicomanes ou alcooliques, services d’aide aux migrants, ateliers éducatifs, services d’accueil pour enfants et adolescents en rupture scolaire, services d’insertion et de mise au travail en milieu ordinaire pour personnes handicapées, centres de formation et d’insertion professionnelle ou écoles, ateliers liés à des opérations de restauration du patrimoine architectural, centres occupationnels, centres spéciaux du travail.

Cette situation s’explique notamment par l’absence de la figure professionnelle de l’éducateur technique spécialisé comme nous la rencontrons en France. C’est donc le moniteur d’atelier qui apparaît ici dans tous les dispositifs.

Il est amené à conduire des actions éducatives, thérapeutiques, pédagogiques, d’insertion, de mise au travail et de gestion de la production. Au total, ce sont cent soixante-dix personnes qui ont suivi cette formation et qui, pour leur très grande majorité, ont subi avec succès les épreuves du certificat de qualification à la fonction de moniteur d’atelier.

Les objectifs poursuivis:

Les objectifs poursuivis dans la formation ont privilégié :

  • la connaissance et la compréhension des personnes handicapées, exclues ou en voie d’exclusion, de leurs difficultés et des éléments nécessaires à leur insertion ou à leur intégration ;

  • la connaissance des cadres législatifs, administratifs et juridiques auxquels sont soumis les établissements et des contextes politico-économiques et sociaux particuliers ;

  • la connaissance du monde du travail de l’entreprise, de son fonctionnement, organisation, gestion, production, ergonomie, hygiène, sécurité, informatique ;

  • l’acquisition d’outils méthodologiques permettant l’élaboration et la mise en œuvre d’actions de formation structurées et bien adaptées : savoir mesurer les aptitudes, les acquis, savoir évaluer les résultats, savoir organiser une démarche d’apprentissage sur un mode progressif ;

  • la connaissance de la place et du rôle des activités techniques dans une action éducative ou thérapeutique et leur contribution dans l’évolution, le développement et l’épanouissement des personnes ;

  • l’élaboration d’une identité professionnelle : remettre en question des habitudes, des pratiques, des idées et des certitudes, apprendre à réfléchir collectivement, rechercher le sens des attitudes et des pratiques, évaluer son implication ;

  • l’élaboration progressive d’un projet d’atelier comme dynamique d’évolution et de changement des pratiques.

Approche pédagogique...

L’atteinte de ces objectifs s’est opérée à travers : l’acquisition et l’appropriation d’informations, de connaissances théoriques, techniques et méthodologiques, d’outils d’analyse et d’évaluation ; la confrontation à d’autres idées, d’autres valeurs, d’autres manières d’agir ; la prise de conscience de la spécificité de l’action, de l’activité, du rôle, de la fonction et de la place du professionnel dans le dispositif institutionnel ; l’évolution et la modification des valeurs, des attitudes ou, plus globalement, des façons d’opérer ou de se situer.

Une pédagogie individuelle et de groupe. S’agissant d’adultes, le projet de formation a privilégié les situations d’échange, de mise en commun et de confrontation d’idées ou d’expériences. L’hétérogénéité des groupes, la diversité des situations professionnelles et des expériences ont constitué une base importante d’information et de formation professionnelle.

La communication. La langue n’a jamais été un obstacle infranchissable à la communication. La Catalogne, l’Aragon, la Navarre sont des régions voisines, aux cultures différentes mais proches. Ce sont des aspects facilitateurs. Les différents groupes ont toujours compris plusieurs personnes pouvant s’exprimer dans les deux langues et capables d’assurer un travail de traduction. Les équipes pédagogiques ont le plus souvent été constituées de formateurs bilingues. Enfin, et c’est un élément de dynamisation, si les groupes de Midi-Pyrénées comprenaient 95 % d’hommes, ceux de nos partenaires, à l’inverse, étaient composés de femmes à 98%.

L’alternance. Le projet de formation a pris appui sur l’alternance comme processus d’acquisition, d’expérimentation et d’appropriation. Cette alternance centre de formation/lieu de pratique professionnelle s’est également réalisée dans les pays partenaires. Ce sont au total quatre semaines sur neuf que comprend la formation qui se sont déroulées en commun : deux semaines en Catalogne dans le centre de formation d’éducateurs d’Osona et dans les établissements de nos collègues catalans et deux semaines en Midi-Pyrénées. Ce projet a été rendu possible grâce à l’aide des programmes communautaires horizon et interreg. Ils ont permis de mettre en œuvre cette formation et de faire face aux surcoûts d’une transnationalité.

Le bilan...

Les moniteurs d’atelier qui ont participé à cette formation ont manifesté, dès le début, un intérêt très vif et exprimé un degré de satisfaction élevé. Cette formation a été l’occasion de partager plus largement des expériences et des pratiques, mais aussi de découvrir comment une problématique sociale peut donner lieu à des réponses différentes, comment l’histoire, la culture et les institutions de chaque pays peuvent susciter des approches, des modalités d’intervention particulières, comment les rapports entre l’usager, la famille, la communauté et le moniteur d’atelier sont abordés. Tous ces éléments ont été autant d’occasions supplémentaires de prendre du recul par rapport à sa quotidienneté, ses évidences, sa « routine ».

La formation a été vécue comme un moment d’interculturalité riche et intense, de mise en valeur des différences, des singularités et des compétences réciproques. L’expérimentation de la situation d’étranger à travers les stages (une partie de la formation se déroulant dans le pays partenaire) a permis de mieux apprécier la nature des difficultés que rencontre une partie de la population que les travailleurs sociaux et les moniteurs d’atelier sont amenés à accompagner dans la démarche d’insertion. Cette base a servi notamment à l’acquisition d’un savoir-faire spécifique dans la gestion des situations interculturelles.

Il faut souligner également la dynamique de recherche établie à l’occasion de ces échanges entre stagiaires et formateurs des pays partenaires. Les collaborations et les travaux réalisés au cours de la formation nous semblent poser les jalons d’un savoir nouveau du travail social à l’échelle transnationale.

La réalisation du projet nous a donc permis :

  • de remettre en question nos pratiques pédagogiques, nos contenus de formation à partir d’un cadre de référence différent et de nouveaux modèles originaux ou innovants ;

  • de mettre en commun des savoirs et des savoir-faire ;

  • d’expérimenter la dynamique et les difficultés d’un partenariat transnational ;

  • de tisser des liens et de développer un travail de réseau.

  • d’élargir cette expérience à l’Aragon et à la Navarre, au cours de l’année 2001, pour assurer la formation des moniteurs d’atelier des écoles ateliers des municipalités de Tudela et de Tarazona.

Notre objectif n’était pas uniquement de favoriser la libre circulation des moniteurs d’atelier (libre circulation au cœur cependant de la citoyenneté européenne) ni de contribuer exclusivement à une harmonisation des compétences. Il s’agissait tout d’abord de leur apporter une réelle technicité dans une dimension interrégionale et de leur permettre de réinvestir leur travail avec de nouveaux outils, de nouvelles questions et de nouvelles perspectives.

La volonté de promouvoir un espace social européen ne peut se réduire à une simple formule car on ne peut envisager d’identité européenne sans que soient posés des actes favorisant l’intégration sociale des personnes en difficulté. La conduite et la réalisation de ce projet de formation semblent y avoir œuvré, modestement bien sûr, mais réellement tout en participant d’une dynamique d’échanges entre régions transfrontalières dans un processus de développement communautaire.

Sanz Manuel, « Une formation transfrontalière de moniteur d'atelier », Empan 2/ 2002 (no46), p. 65-68

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