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LE BLOG DU CAC-FORMATIONS

Le travail protégé en Europe: La France bien placée...

10 Mai 2016 , Rédigé par CAC-FORMATIONS Publié dans #Moniteurs d'ateliers, #Reconnaissance professionnelle

Des réponses plus adaptées...

D’autres pays (comme la France) n’ont plus qu’une formule d’emploi protégé, les ESAT, autofinancés à hauteur de 20 % (en effet, les entreprises adaptées – ex-ateliers protégés – rejoignent le milieu ordinaire de travail). Cette formule de l’ESAT permet, si elle n’est pas trop dénaturée par les réformes en cours, un droit à l’emploi plus largement ouvert, notamment à des employés en âge et en capacité de travailler mais moins performants que ceux exerçant un emploi en entreprise de travail adapté. Ce qui complique aussi l’analyse et la communication au niveau européen, ce sont les « faux amis » dans les appellations. Ainsi, au Portugal et en Espagne, il existe les centres spéciaux d’emploi et les centres occupationnels : les premiers correspondant aux ateliers protégés anglais, belges ou français ; les seconds sont analogues aux ESAT français (et non aux foyers occupationnels de jour) ou encore aux ateliers pour handicapés allemands ou autrichiens. En Italie, les ateliers protégés correspondent aux centres occupationnels.
Les pays développés ont donc créé, depuis plusieurs dizaines d’années, des emplois protégés et aidés permettant d’aménager un droit à l’emploi pour ceux – surtout des handicapés mentaux et psychiques – qui sont, pour la plupart, incapables principalement en raison de leurs difficultés personnelles, d’exercer une activité professionnelle ordinaire dans un monde de travail toujours plus exigeant. Les emplois protégés existent dans la quasi-totalité des pays européens, mais en nombre très variable : 5,2 pour 1000 habitants en Suède, 5,6 en Suisse, 4,3 en Norvège. L’Autriche, la France et l’Allemagne ont un secteur de travail protégé sensiblement moins important (compris entre 2,9 et 3,3 pour 1000 habitants ; source : OCDE 2003).
On considère habituellement que les pays scandinaves ont une politique d’intégration réussie et très supérieure aux autres pays européens. Or il existe, dans ces pays, entre 50 % et 90 % de postes de travail protégé de plus que dans le second groupe de pays cités ci-dessus. Et encore, sont-ils réservés à des travailleurs handicapés relativement performants pouvant travailler en atelier protégé dont, rappelons-le, l’autofinancement par l’activité économique est important (deux fois et demie supérieur aux ESAT, tous financements confondus). Ces données nous conduisent à relativiser largement l’exemple de la Suède, pourtant souvent mis en avant avec un taux de passage du milieu protégé au milieu ordinaire de travail de 5 %. Plutôt que de s’émerveiller sur le taux de sortie, il serait plus pertinent de s’interroger sur l’important taux d’entrée en atelier protégé dans ce pays.
Malgré quelques réserves exprimées, parfois au nom d’approches intégratives univoques et exclusives (excluantes ?), l’Union européenne reconnaît (contrairement aux années quatre-vingt-dix, pendant lesquelles seules les formes traditionnelles d’intégration étaient acceptables) que l’on doit proposer un emploi protégé ouvert chaque fois que possible sur le milieu ordinaire, aux personnes handicapées qui ne peuvent pas, en raison de leur handicap, être intégrées dans le monde normal de travail. On s’achemine ainsi progressivement vers le renoncement, dans les discours et les pratiques, à l’antagonisme artificiel entre institutions et intégration. En effet, les institutions modernes, notamment les ESAT, recouvrent des réalités pluriformes entre l’intra-muros et l’intégration accompagnée, assistée ou totale. Elles permettent que soient mises en place des réponses adaptées, souples et perméables les unes par rapport aux autres grâce à un mouvement amorcé il y a une quinzaine d’années et dont la logique devrait être soutenue plus clairement qu’elle ne l’est aujourd’hui.

sources Lien soicial 848/849

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